Transformation des pratiques et nouvelles compétences dans les métiers du spectacle vivant
En début de semaine prochaine, transition écologique et monde du spectacle se retrouvent droit dans les yeux et se posent les bonnes questions lors d’une journée d’étude menée au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. ARTCENA, ARVIVA, l’ACDN (Association des Centres dramatiques nationaux), en partenariat avec l’Association des Scènes nationales, Réditec et LAPAS – ni plus ni moins – proposent une journée d’étude visant à identifier les changements en cours et impulser ceux à venir. Envisageons donc le futur ensemble grâce à la présentation de cette journée avec Gwénola David, directrice d’ARTCENA.
Vous êtes directrice d’ARTCENA, une structure qui a vu le jour en 2016. Pouvez-vous nous rappeler succinctement ses missions ?
Gwénola David : Les actions du Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre, s’articulent autour de trois grandes missions. Le premier axe qui structure notre activité est le partage des connaissances. Il concerne non seulement la documentation de la création contemporaine, mais également aussi la façon dont on donne à comprendre les enjeux de la création aujourd’hui à travers le Magazine ainsi que le Fil Professionnel en ligne. Nous développons aussi un outillage à destination du jeune public afin qu’il puisse appréhender la création contemporaine et cela grâce à la mise en place d’un programme d’éducation artistique et culturelle. Un deuxième axe vient en soutien aux professionnel.le.s et doit leur permettre de mener à bien leurs projets. Nous avons ainsi notamment mis en ligne toute une série d’outils comme le Guide du spectacle vivant. Nous proposons également des ateliers de formation, ou encore des conseils juridiques, et allons jusqu’à des soutiens financiers telle que l’Aide national à la création de textes dramatiques, ou les dispositifs Écrire pour le cirque ou Auteur en tandem. Nous menons également des actions qui visent à faciliter la connexion entre les porteur.euse.s de projets et ceux.celles qui peuvent les accompagner à travers différents rendez-vous, et notamment l’organisation de présentations de projets de création.
Ou l’organisation de Rencontres comme celle du 31 mars 2025 au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers ?
G. D. : Tout à fait. Notre dernier axe est celui du développement à l’international avec le pilotage de différents réseaux comme Circostrada. Financé par l’Union Européenne et le ministère de la Culture, c’est un réseau européen qui promeut le cirque contemporain en Europe. C’est également le cas avec le réseau Contxto qui porte le réseau international pour la traduction et la diffusion des textes dramatiques francophones. Nous pilotons enfin la présence de la France à la Quadriennale de Prague. Nous avons donc à la fois un rôle de facilitateur des coopérations et un rôle de promotion de la création francophone à l’international.

Portrait de Gwénola David – Photo © Livia Saavedra
Comment avez-vous organisé votre prochain événement qui se concentre sur la transition écologique ?
G. D. : Depuis plusieurs années, nous sommes impliqués dans l’avancée de cette thématique auprès des professionnel.le.s et travaillons toujours en lien avec d’autres structures. Avec ARVIVA, nous sommes liés dans des réflexions qui vont bien au-delà de l’écoconception puisque nous avons participé à un groupe de réflexion qui pose les enjeux de la coopération comme outils de la transition écologique. Toutefois, en vue de notre prochaine Rencontre, nous avons souhaité organiser cette journée d’étude sur une thématique qui nous semblait très complémentaire de celles qui sont très souvent abordées par ailleurs : les bilans carbone et toutes les pratiques écoresponsables, du traitement des déchets à l’accueil des publics, ou l’écoconception dans la scénographie. Il nous semblait important de questionner la façon dont la transition écologique nous amène à modifier nos organisations, nos compétences. Sans ces évolutions des processus qui sont au cœur de la fabrication du spectacle vivant, nous aurions du mal finalement à mettre en œuvre cette transition écologique. Le format d’une journée d’étude, sans réponse unique, nous a semblé beaucoup plus riche afin de croiser les questionnements des pratiques. Finalement, l’enjeu est de questionner la transition écologique du point de vue des organisations, des métiers, des compétences, de l’organisation du travail.
Cette journée d’étude tentera de répondre à la question : “Transition écologique dans le spectacle vivant, quels impacts et défis pour nos métiers ?”. Et pour y répondre, vous avez scindé la matinée en trois groupes différents: un pôle production, un deuxième qui regroupe les personnes en lien avec la programmation et enfin, la voix qui nous intéresse plus particulièrement ici, celle de la technique. Si Réditec, en charge de l’animation de la matinée, tentera de nous éclairer, pouvez-vous, en guise de teasing, répondre à notre question : de quelles compétences avons-nous besoin dans le monde de la technique ?
G. D. : Nous avons une collaboration de longue date avec Réditec et c’est extrêmement fécond lorsque nous réfléchissons ensemble. La dimension systémique de nos métiers fait que nous ne pouvons plus travailler en silo ; se dire que la tendance suivra – c’est-à-dire avançons et la technique suivra – n’est plus un discours possible. La matinée est effectivement organisée en trois groupes mais elle le sera sur un mode extrêmement participatif. L’enjeu est effectivement de partir des questions apportées par les participant.e.s et le teasing serait donc : venez avec vos questions, nous allons essayer d’y répondre ensemble !
À travers l’organisation de cet événement et de vos réponses, nous comprenons que tous les secteurs du spectacle vivant sont convoqués ici et c’est essentiel. Mais plus généralement, comment selon vous mettre en place tout ce monde dans la bonne marche, et ensemble ?
G. D. : C’est en créant des occasions de décloisonner les choses, et cette journée est construite en deux parties à cet effet : une matinée d’échanges sur des problématiques qui sont propres à chacun.e tandis que l’après-midi des groupes mixtes réfléchissent à partir de la théorie du Donut(1) appliquée à des compagnies ou des lieux. Il nous semble que la solution ne peut pas reposer sur un seul corps de métier, mais elle est beaucoup plus collective en se rendant mieux compte des interdépendances entre les pratiques des uns et des autres. Ce mouvement ne peut donc être que collectif et implique une impulsion des directions des lieux, qui doivent être totalement mobilisées. Nous ne sommes pas dans un changement cosmétique mais dans un changement des modèles de travail et des processus. Or, il ne s’agit pas d’imposer mais de construire ensemble. La seule façon d’envisager que ces événements soient réalisables et durables est que ce soit décidé par celles et ceux qui vont devoir les appliquer ; impliquer tout le monde dans cette réflexion semble être une des clés du succès.